Le Sinclair ZX Spectrum
Le ZX Spectrum est l’ordinateur familial britannique qui a transformé le salon en salle d’arcade et la chambre d’ado en atelier de programmation. Lancé en 1982 par Sinclair Research, il a imposé la couleur à bas prix, un BASIC immédiat et une scène logicielle qui a marqué toute une génération.
D’où il vient
Clive Sinclair avait déjà vendu le ZX80, puis le ZX81, des machines monochromes minimalistes branchées sur un téléviseur et chargées depuis une cassette. Le projet suivant, d’abord appelé ZX82, devait rester dans cette logique : le moins cher possible, mais cette fois en couleur. D’où le nom Spectrum.
L’électronique est signée Richard Altwasser, le boîtier noir et le clavier caoutchouc Rick Dickinson, le BASIC et le manuel Steve Vickers, chez Nine Tiles. Sinclair Research annonce la machine le 23 avril 1982 en deux versions : 16 Ko à 125 livres, 48 Ko à 175 livres. La demande dépasse tout de suite la production ; les premiers exemplaires n’arrivent vraiment chez les acheteurs qu’à l’été. Le 16 Ko est vite dépassé : la plupart des jeux exigent 48 Ko, et Sinclair propose une mise à niveau.
Le boîtier est volontairement mince, presque un clavier épaissi. Sur la droite, la bande arc-en-ciel rouge, jaune, verte, cyan et bleue devient le signe de reconnaissance de la gamme.
Ce qu’il y a dedans
Le cœur est un Zilog Z80A cadencé à 3,5 MHz. L’horloge vient d’un quartz de 14 MHz divisé par une ULA Ferranti, le circuit sur mesure qui concentre presque tout le reste : génération vidéo, balayage du clavier, interface cassette et haut-parleur. Une ROM de 16 Ko contient le système et l’interpréteur Sinclair BASIC. Le « 48K » désigne donc uniquement la RAM.
L’affichage fait 256 × 192 pixels, soit 32 colonnes sur 24 lignes. Huit couleurs de base, chacune en intensité normale ou vive, ce qui donne quinze teintes utiles (le noir ne change pas). Le piège, c’est l’attribut : une seule paire encre/papier, plus brillance et clignotement, pour chaque carré de 8 × 8 pixels. Deux sprites de couleurs différentes qui se croisent dans le même carré se mélangent. Ce « colour clash » est la signature visuelle des jeux Spectrum, et les programmeurs en ont fait un art.
Le son est un buzzer un canal, piloté par la même ULA. On peut en tirer des mélodies et des effets, mais rien qui rivalise avec le SID du Commodore 64. La sauvegarde passe par deux prises jack EAR et MIC vers un magnétophone. L’arrière expose aussi le bus d’extension, plus tard occupé par l’Interface 1 (Microdrive et réseau), l’Interface 2 (manettes et cartouches) ou un port Kempston.
Le clavier à quarante touches caoutchouc est le point le plus critiqué, et le plus caractéristique. Chaque touche porte plusieurs fonctions : en mode mot-clé, une frappe donne PRINT, GOTO, LOAD ou RANDOMIZE. Les légendes sont en couleur selon le mode (mot-clé, symbole, graphique). C’est lent pour taper du texte, très rapide pour écrire un programme. Le BASIC est riche pour l’époque : graphiques (PLOT, DRAW, CIRCLE), son (BEEP), couleurs, et une arithmétique flottante sur cinq octets.
La famille
En 1984, le Spectrum+ reprend la carte 48 Ko dans un boîtier à touches dures, plus proches d’un clavier de machine à écrire, toujours avec la bande arc-en-ciel. Fin 1985, le 128K arrive d’abord en Espagne via Investrónica, puis au Royaume-Uni : 128 Ko de RAM, un dissipateur en « porte-toasts », un vrai chip son AY-3-8912 à trois voies, un port MIDI et un mode BASIC étendu. Les jeux 48 Ko restent compatibles, ce qui sauve le catalogue.
En avril 1986, Amstrad rachète l’activité informatique de Sinclair. Le +2 (1986) est gris, avec un lecteur de cassette intégré. Le +3 (1987) remplace la cassette par un lecteur de disquettes 3 pouces, le même format que l’Amstrad CPC. La production s’étire jusqu’au début des années 1990. Au total, la famille dépasse les cinq millions d’exemplaires, surtout au Royaume-Uni, en Espagne et en Europe de l’Est, où les clones (Didaktik, Timex, machines russes) prolongent la plateforme.
Ce qu’il a laissé
Le Spectrum n’a pas gagné sur la puissance. Le C64 avait un meilleur son, de meilleurs sprites, plus de RAM utile à l’écran. Il a gagné sur le prix et sur le moment : assez bon marché pour entrer dans les foyers, assez ouvert pour qu’un adolescent publie un jeu sur cassette dans un kiosque. Manic Miner, Jet Set Willy, Knight Lore, Elite, The Hobbit : une grande partie du jeu britannique des années 1980 s’est écrite sur ces touches molles et ces attributs de couleur.
Aujourd’hui, la machine se collectionne, s’émule et se reconstruit (FPGA, The Spectrum de Retro Games). Le boîtier noir, le logo blanc incliné et la bande arc-en-ciel restent l’image la plus nette de l’informatique familiale britannique.
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